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18/10/2007

Le réveil enchanté

19 septembre 2003

Dimanche dernier, quand j’ai entendu Elaine se réveiller, je suis allé l’embrasser dans la chambre. Elle était encore au lit. Ses lèvres, son cou, étaient brûlants et lisses. Elle était chaude comme un petit lapin ou un petit oiseau dans son nid. Je me suis senti fondre d’amour pour elle.

Elle a 54 ans, je le sais bien, mais son corps est celui d’une splendide adolescente et son âme est restée très jeune. Elle est à la fois indépendante et vulnérable, inculte et sage. Elle possède une adaptation aux vicissitudes de la vie qui ferait honte à bien des philosophes. Ce n’est pas de l’insensibilité, loin de là : je l’ai vue indignée, découragée, presque en larmes… ce n’est pas du fatalisme non plus : elle est prête à se battre, même si elle ne sait pas comment… Au jeu de la vie, elle est toujours perdante et si, psychologiquement, elle retombe sur ses pieds, ce n’est pas à cause d’une volonté de fer ; ce n’est pas du stoïcisme ; c’est une qualité beaucoup plus subtile et beaucoup plus profonde sur laquelle je n’ai pas encore réussi à mettre un nom. Elle ne méritait vraiment pas d’avoir été si pauvre tout au long de sa vie et encore moins de savoir que, sans l’ombre d’un doute, elle le sera toujours. Il y a en elle cette « dignité des pauvres » (je ne sais qui a forgé cette expression), mêlée à la faculté de jouir du moment présent, qui force mon admiration bien plus que ne le font les succès de certains ou les connaissances de certains autres. Quand mon regard plonge dans le sien, j’y vois toute la misère, mais aussi toute la grandeur, de l’espèce humaine.

C’est cette femme que les hommes méprisent depuis des millénaires, c’est elle que les Romains emmenaient en esclavage, que les Nazis entassaient dans les chambres à gaz, que les Communistes traînaient vers les tortures du Goulag et que les Musulmans méprisent, tabassent, excisent et lapident ; c’est elle qui crevait de faim quand il y avait des guerres dans les campagnes ; c’est elle qui mourait à trente-cinq ans, hagarde, édentée, épuisée par les travaux des champs et les grossesses à répétition. Quand son regard plonge dans le mien, j’ai envie de lui demander pardon…

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