« Mort d'un ami | Page d'accueil | La Saint Crépin »
25.10.2007
25 octobre
C’est la Saint Crépin. C’est le jour de la défaite ou de la victoire d’Azincourt. Ça dépend du point de vue. C’est aussi la date à laquelle on pourrait, pour simplifier les choses à l’extrême, marquer l’acte de naissance du nationalisme.
Le fait que Henry V ait ordonné le massacre de 5000 prisonniers français est un tournant dans l’Histoire de France. Cela ne s’était jamais vu et surtout jamais fait. Les soldats anglais, scandalisés, traumatisés, pleuraient à chaudes larmes en exécutant les ordres. On les avait forcés à devenir des criminels. Profondément religieux, ils en étaient conscients.
Henry V était le premier roi anglais à ne pas avoir été élevé dans la langue et la culture française. On peut supposer que ses prédécesseurs avaient répugné à massacrer des soldats culturellement si proches d’eux. Par contraste, Richard 1er n’avait pas hésité, lui, à faire massacrer des prisonniers arabes pendant sa croisade. Comment nous auraient traité les Nazis si, en 1940, les Français avaient été germanophone ? On ne peut que spéculer.
Le massacre des prisonniers français amorça un tournant dans les mentalités. Le sac d’une partie du Calvados et de la Flandre y contribua également. De plus en plus de seigneurs et de bourgeois commencèrent à se sentir Français avant de se sentir sujets du roi Charles VI puis de Charles VII. La notion de loyauté se déplaçait. Elle passait lentement de l’homme au territoire.
Peu importait aux paysans de savoir qui les opprimait. Pendant la Guerre de Cent ans, lorsque le guetteur perché dans le clocher hurlait : « Soldats, soldats ! » il ne disait pas « soldats anglais » ou « soldats français » mais simplement « soldats ». Ils étaient tous odieux et cruels. L’intendance n’existait pas : il fallait se débrouiller sur le terrain. Tous les moyens étaient bons, y compris évidemment le viol et la torture.
Parmi les classes moyennes et dirigeantes, par contre, savoir qui vous gouvernait ou vous possédait était en train de devenir important. On avait envie de pouvoir choisir. La loyauté au chef devenait moins automatique. Plus le temps passait, plus on se sentait Français (ou Anglais) et moins on se sentait sujet de Charles VII ou de Henry VI. C’est dans cet atmosphère que Jeanne d’Arc s’est révélée comme chef de guerre. Cinquante ans plus tôt, elle n’aurait eu aucun succès.
Certes, elle voulait faire couronner Charles VII et elle y réussit mais c’était dans l’idée qu’il servirait la France. Elle ne se battait plus pour Charles VII, elle se battait pour la France. Le roi l’a bien compris et n’a pas du tout apprécié. Quand elle fut capturée il la laissa tomber comme une vieille chaussette.
La graine était plantée pourtant. Avec chaque génération, les Français se sentirent de plus en plus Français et les Anglais de plus en plus Anglais.
19:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


