« Little Rock II | Page d'accueil | Winthrop Rockefeller »
30.10.2007
Little Rock III
Les Français, qui se délectent de tout ce qui va mal chez les Américains, apprendront avec plaisir que ce paysage n’est pas complètement idyllique. Little Rock se trouve, en effet, à la latitude de Casablanca. Du point de vue des températures, c’est à peu près la même chose ; mais, à cause de la présence de l’immense Mississipi, l’humidité reste à des taux assez élevés. Résultat : une végétation exubérante. Les essences ressemblent aux nôtres mais ce ne sont pas les nôtres. Les oiseaux sont partout, un peu comme ils l’étaient en France il y a une cinquantaine d’années. On trouve des pics-verts, des cardinaux (petits oiseaux rouge vif avec une longue queue) des colibris bleutés qui vibrent devant les fleurs, et aussi des sortes de rouge-gorge deux fois gros comme les nôtres. Le concert des oiseaux juste avant l’aube est impressionnant ! Dès que l’on quitte la ville, on repère également des vautours et des aigles.
Malheureusement, cette prolifération animale s’applique également aux ratons laveurs, renards, coyotes et opossums qui, si on ne prend pas quelques précautions élémentaires, font des ravages dans les poubelles. Les daims, eux, font des ravages dans les jardins. Moins embêtants – et agressifs seulement si on les attaque – les tatous, qui possèdent la spécialité de se faire écraser sur les routes, la nuit. Autres candidats aux accidents de la route : les tortues, qui pullulent. Les carcasses écrasées sont rapidement nettoyées par des vautours qui se font parfois écraser eux-mêmes, tant ils sont absorbés par leur tâche. Une belle marmelade ! Dans les forêts, il faut ajouter les loups, les sangliers, les couguars et les ours, sans compter mouffettes, écureuils, lièvres et lapins dont la présence est universelle. Plus au sud, dans les bayous, on fait la connaissance des alligators. Cette vie animale omniprésente évoque, pour moi, l’Europe du XVII° siècle et les fables de La Fontaine. Elle explique aussi pourquoi il serait suicidaire de se promener à pied dans les montagnes et autres espaces non réservés à l’agriculture sans une bonne arme à feu. En fait, les plus dangereux de tous ces animaux ne sont pas les animaux vraiment sauvages car ils ont plutôt tendance à éviter la confrontation. Le vrai danger vient des bandes de chiens, anciennement domestiqués et retournés à la vie sauvage. Ils attaquent immédiatement. Les ours sont également très dangereux. Ils ne s’attaquent pas directement à l’homme : il cherchent à déchirer les besaces et les poches des promeneurs dans l’espoir d’y trouver de la nourriture.
Descendons d’un cran dans la hiérarchie animale : les serpents. En ville, il est conseillé de ne pas toucher aux buissons quand la température s’élève à plus de 25° (ce qui est fréquent), de toujours ratisser les feuilles avant qu’elles forment une couverture de camouflage, et de tondre les pelouses au plus ras. En fait, comme les gens se sont, dans l’ensemble, bien adaptés, les accidents sont très rares, et ce d’autant plus que beaucoup d’espèces de serpents ne sont PAS venimeuses mais… ce n’est pas écrit sur leur tête ! La plupart des serpents venimeux sont des inhibiteurs de muscles. Cela donne généralement le temps d’aller soi-même à l’hôpital, à condition de rester calme. Une minorité de serpents sont inhibiteurs de nerfs. Dans ce cas, il vaut mieux attendre l’arrivée de l’ambulance. Tous les hôpitaux ont une réserve de sérums adaptée à chaque espèce de serpent.
En descendant encore d’un cran, on trouve les insectes. Ils pullulent mais font, bien sûr, le bonheur des oiseaux. La plupart sont inoffensifs mais il y a des guêpes, petites et grosses, et aussi des frelons d’une espèce bien particulière et qu’il faut toujours tuer avec une bombe insecticide, jamais avec une tapette ou un journal car alors ils relâchent un phéromone qui attire le reste du nid et on se fait attaquer par une quinzaine de frelons en même temps. Pas drôle du tout. Le vrai combat anti-insecte se passe dans les maisons : cafards et termites. Là encore, et de même que les Canadiens se sont bien adaptés aux intempéries de l’hiver, les Américains du sud-est sont bien adaptés aux luttes anti-cafards et anti-termites. Seuls les gens qui ne prennent pas leurs précautions en souffrent. Il y a aussi de minuscules mouches qui pondent des œufs également minuscules – invisibles, en fait – dans le riz, la farine etc. On entrepose ces produits dans des bocaux bien scellés ; autrement, on risque de les retrouver grouillant de petits asticots… C’est le même problème dans tous les pays chauds. Quant aux abeilles tueuses, on en a trouvé dans le sud de l’Arkansas mais il va sans dire que dès qu’un nid est repéré, il est détruit.
Le quartier où habite Iñes est calme et, bien sûr, verdoyant : certaines personnes y résident depuis une trentaine d’années. Population sans prétention. Ce n’est ni un quartier pauvre ni un “beau quartier”. La réputation qu’ont les Américains de prendre la voiture pour tout et de ne jamais marcher est peut-être en train de s’effriter. Nous en avons vu plusieurs, surtout des “vieux” comme nous, se balader dans les rues et s’arrêter pour papoter avec les gens qui taillent leur haie ou lavent leur voiture. Les jeunes sont au travail, je suppose. Il existe également un mouvement très populaire : « America on the Move » qui encourage les gens à marcher.
Iñes elle-même est beaucoup plus heureuse qu’en appartement. Elle fait plaisir à voir. Le petit Évariste est un bébé étonnant : de grands yeux bruns, vifs, éveillés et toujours en train d’observer quelque chose. Bon caractère aussi. Sourire facile. Olivier est un papa remarquable : il change les couches, joue avec Évariste avec enthousiasme et sans mignardise… Je n’ai jamais pu être comme cela et je sens qu’aujourd’hui encore je ne le pourrais pas. L’éducation que j’ai reçue a été si glacée qu’alors même que je la réprouve, j’en suis encore le prisonnier.
Bibliothèque Clinton de nos jours.
09:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


