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10/12/2007

Causes obscures

1. La première guerre mondiale.

Si mon grand-père maternel n’était pas mort en 1915, ma mère n’aurait pas été traumatisée par son absence et par toutes les conséquences que cela a entraîné pour elle. Elle aurait grandi dans la relative prospérité d’une ferme normande bien gérée. Mais qui aurait-elle épousé ? Un autre fermier ? Même sans traumatisme, je la vois mal s’intéressant à un agriculteur ou un éleveur. Non par snobisme mais par peur des habitudes d’alcoolisme et de brutalité qu’elle observait autour d’elle. Elle savait qu’il existait des exceptions mais elle n’était pas préparée à en prendre le risque. Sans amour, elle a épousé mon père parce qu’il n’était PAS fermier et parce qu’elle avait 27 ans, ce qui, à l’époque, était une véritable calamité consistant à porter l’étiquette sociale de « vieille fille ».

Tout fermier qu’il était, mon grand-père René demeurait un homme exceptionnel : un seigneur aux sentiments pleins de noblesse et de bonté, l’antithèse du péquenot. Il eût été pratiquement impossible d’en trouver un autre comme lui. Les lettres qu’il a envoyées du front à sa femme sont admirables à la fois par leur contenu et par leur style. Ce sont les lettres d’une personne cultivée, intelligente, sensible et aimante. Orthographe et grammaire impeccables, ce qui ne gâte rien.

Toujours fourrée chez les curés, et parce qu’elle n’aurait pas pu en épouser un, je pense plutôt que ma mère serait, tôt ou tard, rentrée dans les ordres. Je ne serais donc pas né d’elle. Je n’aurais pas non plus connu l’influence civilisatrice d’Athalie et de ses deux autres enfants.

2. La mort de Manuela.

Si Manuela, la première femme de mon père, n’était pas morte, je serais peut-être né d’elle. Quelques années après son mariage avec ma mère, Papa n’a-t-il pas en effet confié à l’une de ses belles-sœurs que les meilleures années de sa vie s’étaient passées avec Manuela ? L’aurait-elle empêché de se perdre dans le désert émotionnel et culturel qui fut le sien vers le milieu puis la fin de sa vie ? J’aurais grandi dans une famille aisée car Manuela venait d’un milieu que l’on pourrait qualifier de « bourgeois ». Que serais-je maintenant et qui serais-je ?

Je porte en moi, comme des millions d’autres, les conséquences d’une guerre commencée en 1914. Je porte aussi celles d’un calcul de vésicule biliaire qui a causé la mort d’une jeune femme. Et si on remontait encore plus loin dans le temps ? De combien de milliers accidents de l’Histoire sommes-nous l’indéchiffrable résultat ?

Commentaires

Hasards de la destinée qui est celle de chacun d'entre nous. On peut rêver à ce que la vie aurait été si l'histoire avait été écrite autrement, mais nous nous enracinons dans le vécu de ceux qui nous ont donné la vie à un moment donné. On peut méditer longtemps sur la part de libre arbitre qui est la nôtre dans tous les événements de la vie qui sont les nôtres.
On peut en déduire que notre courte vie est dépendante de ce qu'ont voulu d'autres pour nous, et que notre part de liberté est certes réelle, mais, si l'on réfléchit bien, assez minime, au regard de l'éducation que nous avons reçue, des personnes que nous avons rencontrés au fil des ans.
Tes réflexions sur la guerre de 14 et les causes obscures est très intéressante.
Amicalement
Jean-Louis
Amicalement

Écrit par : Jean-Louis | 13/12/2007

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