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14/12/2007

Conte de Noël Première partie

Nous approchons de Noël. J'en apprécie l'atmosphère chaleureuse qui rassemble les familles mais je n'aime guère la "musique" des supermarchés et autres lieux publics.

Noël, c'est aussi la saison où sont prises le plus grand nombre de décisions de divorce ; saison d'amertume et de malheur pour beaucoup, même pour les nantis. C'est pourquoi je me permets de partager avec vous un conte de Noël un peu iconoclaste, raconté à la première personne par une lycéenne.


VACANCES DE NOËL
Moi, il m’arrive toujours des trucs pendables. L’autre jour, mon père me demande : “Cécilia, qu’est-ce que tu veux faire pendant les vacances de Noël ?” Je lui réponds immédiatement : “Je veux aller voir Maman”.
Ce n’était pas une décision sentimentale : simplement une façon de fuir l’horrible hiver que nous avons, cette année, en Nouvelle Angleterre… et aussi parce que j’avais envie de passer les fêtes en Californie. Papa a eu l’air déçu. Il a grogné : “Bon, d’accord”.
Pourtant, je l’aime bien, Papa. C’est un chic type. C’est aussi un baron, un vrai, qui descend d’une grande famille autrichienne. Quand il mourra, je deviendrai baronne. Vous vous rendez compte ? La baronne Cécilia von Spitzenfeld. On en aura plein la bouche. J’entends déjà les bruits de fond : “Ah, ma chêêêre, vous avez eu têêêllement raison de ne pas aller à Cowes cette année ! La princesse Radirose n’y était pas et c’était d’un mortel !” Ou encore : “Mon mari et moi avons décidé de nous perdre dans la nature : à Aïnhoa, un adorable petit village des Pyrénées mais le pauvre chéri n’a pas tenu. Impossible de trouver le Financial Times, vous imaginez ? Nous sommes revenus au bout de deux jours”.
Je me vois mal en robe du soir. On m’assure pourtant que je m’y ferai très bien. Je n’aime ni suivre la mode ni me maquiller. Alors, on m’appelle un garçon manqué mais rien n’est plus faux. Je me sens bien dans ma peau. J’aime être une fille. J’aime avoir dix-sept ans et finir mes études secondaires dans l’un des pensionnats privés les plus “exclusifs” des Etats-Unis.
Bon, reparlons de la Californie. J’ai mon billet d’avion et tout et je suis prête à partir. Mes compagnes de dortoir viennent me dire au revoir. C’est un peu triste, malgré la perspective des vacances. On s’amuse souvent entre nous et ça crée des liens très forts. Non, bien sûr, nous ne sommes pas vraiment ce qu’on appellerait des lesbiennes mais il y a des moments où… disons que c’est plutôt bien quand une amie vous donne un coup de main au lieu de vous laisser tout faire vous-même… sans parler du besoin que nous avons de nous serrer contre un être humain dans les moments de solitude ou de cafard.
Est-ce que cela me détourne des garçons ? Pas le moins du monde. Dès que je me retrouve dans un cadre normal, je redeviens normale. Il n’en est pas moins vrai qu’un dortoir de filles exsude la sensualité. Ce petit monde devient LE monde et on s’y adapte puis, quand on le quitte, on s’adapte à nouveau. L’été dernier, par exemple, j’ai rencontré un garçon formidable. Il s’appelle Douglas et, s’il ne s’était pas engagé dans l’Armée de l’Air, j’aurais vraiment aimé le retrouver. Je serais allée à Boston, avec Papa, au lieu de m’enfuir en Californie, ça c’est sûr et certain.
N’empêche que mes premières découvertes sexuelles ont bien eu lieu avec une femme, une très jeune femme : ma cousine Béatrice. Elle a quatre ans de plus que moi. J’en avais douze à l’époque. Nous étions à East-Hampton, dans la résidence d’été de ma mère et je nageais, toute seule, dans la piscine. Béatrice se bronzait sur la terrasse. Je portais un bikini rouge vif et elle, un jaune avec une jolie bordure blanche à la ceinture.
- Viens ici, me dit-elle d’une voix légèrement rauque quand je sortis de l’eau.
Elle engagea la conversation, mentionnant tout d’abord des choses sans importance puis elle me demanda, l’air faussement indifférent, si je me touchais parfois, si j’avais déjà eu un orgasme. D’abord je ris, bêtement car je me sentais extrêmement gênée mais Béatrice n’en était pas à son coup d’essai. Elle me fascina, me persuada, me donna envie d’en savoir beaucoup plus… et nous dérivâmes vers sa chambre.
Deux heures plus tard, alors que, sans but, je passais, rêveuse, de pièce en pièce, je dus admettre que je voyais le monde sous un jour complètement nouveau. Au repas du soir, on me demanda pourquoi j’avais l’air d’une poule qui aurait trouvé un couteau.
Que tout cela paraît loin maintenant ! Je ne comprends même pas pourquoi je pense à Béatrice. Voilà des années que je ne l’ai pas revue. Elle prépare une thèse de maîtrise en Suisse et va bientôt épouser son compagnon : Johan. Nous avons vu beaucoup de photos de lui mais personne ne l’a encore rencontré. Il est Hollandais et, paraît-il, assez riche.
Me voici donc, assise sur mes bagages, au bout du corridor du rez-de-chaussée. Il fait très froid. J’ai mis des bottes, un jean, un gros tricot et un parka. Le dortoir bourdonne d’activité. Des valises sont roulées sur le carrelage avec des grondements de tonnerre. Des filles s’embrassent, se souhaitent mutuellement de bonnes vacances et se crient “au revoir” une bonne douzaine de fois. Moi, j’attends mon taxi. Finalement, le voilà. À ce moment, Esther, une grosse Texane, hurle dans le couloir : “Cécilia, téléphone.”
Il serait si facile de prétendre que j’ai quitté l’établissement ! Après tout, quelques secondes plus tard, c’était vrai. Déjà on m’assiège pour que je laisse le taxi à quelqu’un d’autre. Je cède et retourne dans le dortoir.
- ‘lo ?
- Cécilia ? C’est Maman.
- Maman ? Mais où es-tu ?
- À Los Angeles. Écoute, ma chérie, annule ton vol. Je serai à New York demain matin. Tu connais la nouvelle ?
- Quelle nouvelle ?
- Tu te souviens de Béatrice, n’est-ce pas ?
Quand on pense au loup. Soudain, j’ai peur. On sait ce que ça veut dire quand quelqu’un vous demande : “Tu te souviens d’un tel ou d’une telle ?”
- Oui, bien sûr, je me souviens de Béatrice. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Elle s’est fait mettre enceinte ?
- Non.

Commentaires

Bonjour,

Tu as le chic pour écrire, et ce texte est fort plaisant. La coupure donne envie de continuer et visiblement, les séquences sont conçues pour faire un feuilleton.

Avec plaisir pour la suite

Salut amical du grillon

Écrit par : christian | 14/12/2007

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