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27/05/2008

Moins de chance


Si, dans son malheur, Jacek a eu quand même beaucoup de chance, il n’en fut pas de même pour Aglaé. Même
âge que Jacek mais différente partie de l’Europe : Aglaé est hongroise. Ce fut après le départ des Allemands que ses ennuis commencèrent.

Les « libérateurs », très sympas, très serviables, très diplomatiques, rassemblèrent tous les adultes du village et leur demandèrent s’ils voulaient adhérer au parti communiste. Le tout dans une atmosphère bon enfant. Le lendemain, ceux qui n’avaient pas signé, c’est-à-dire la majorité, furent embarqués dans des wagons de marchandise, direction la Sibérie.

Aglaé avait perdu ses parents. Elle était élevée par un oncle victime de la rafle. Elle fut emmenée avec lui.
Son wagon s’arrêta près d’un village du nord de la Russie mais personne ne fut autorisé à débarquer. Les prisonniers y restèrent pendant trois ans, résistant tant bien que mal à des températures qui descendaient parfois jusqu’à – 30°. Presque toutes les semaines, au début, puis tous les mois vers la fin, quelqu’un mourait pendant la nuit. On jetait son corps sur la voie ferrée où des soldats venaient le chercher mais auparavant on prenait bien soin de le dépouiller de ses vêtements pour que les survivants eussent un peu moins froid. C’est ainsi que les décès, si nombreux pour commencer, s’espacèrent ainsi peu à peu mais certains survivants sombraient dans la folie.

Seule Aglaé avait droit d’aller et venir. Il lui fallait sortir le seau hygiénique, le vider, le laver puis le remplir d’eau. Cette eau était la seule à laquelle les prisonniers eussent droit de toute la journée. Il était impératif de la boire avant de réutiliser le seau pour faire ses besoins. Quant à la nourriture, Aglaé ne s’en souvient plus vraiment, sinon qu’elle consistait essentiellement en morceaux à mâcher : rien de chaud, rien qui fût servi dans des écuelles.

Quand son oncle mourut, Aglaé fut, sans explication, ramenée en Hongrie et placée dans un orphelinat. Elle ne sut jamais ce que les autres prisonniers étaient devenus.

Comme des milliers de Hongrois, elle s’échappa du paradis des travailleurs en 1956 et vint s’établir en France.

Ses ennuis allèrent-ils s’arrêter ? Que nenni ! Il semble qu’il y ait des personnes sur lesquelles le sort s’acharne.
Elle épousa un Français dont elle eut trois enfants. La fille aînée devint folle et dut être internée. Le garçon qui la suivait chronologiquement se suicida. Le mari aussi sombra dans la folie. C’est de lui, vraisemblablement, que venait le déséquilibre mental des enfants.

Aglaé voulut vendre la maison pour se réfugier en appartement. Or, la maison faisait partie d’un ensemble de bâtiments en copropriété et le gardien, pour des raisons qui sont toujours restées mystérieuses, avait pris Aglaé en grippe. Lorsque un acheteur potentiel voulait visiter la maison, le gardien lui disait qu’elle était pourrie, qu’il y avait des fientes d’oiseau dans le grenier, que les canalisation et l’électricité étaient à refaire et autre méchancetés, toutes sans le moindre grain de vérité. Aglaé mit trois ans à vendre sa maison.
Elle est « heureuse » maintenant mais encore bien secouée par tous ces coups du sort.

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